Masterclass – La Reine des Neiges

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Avertissement préalable : Cet article comportera de nombreux spoilers sur le film d’animation La Reine des Neiges, si vous souhaitez garder la surprise, abstenez-vous de lire cet article avant de l’avoir vu.

Jeudi soir avait lieu une projection privée de La Reine des Neiges suivie d’une masterclass en présence du producteur Peter Del Vecho et la réalisatrice Jennifer Lee.

Dans un premier temps, ils nous ont tous deux parlé de la conception de La Reine des Neiges, la manière dont ils ont travaillés, collaborés entre eux. Plus de 600 personnes ont travaillé sur ce projet, et chacun apportait ses notes et ses idées, tout en gardant en tête trois points essentiels :

  • Un univers convaincant
  • Un monde crédible
  • Des personnages attachants

Pour cela, Chris Buck et Jennifer Lee (les deux réalisateurs) ont constamment travaillé avec Kristen et Robert Lopez pour que les chansons s’intègrent parfaitement et fassent partie inhérente de l’histoire. Tous les jours ils passaient des heures en vidéos conférences afin de s’accorder.

De plus de nombreuses recherchent ont été menées. L’équipe d’animation a été envoyé patauger dans la neige de Mattherhorn (un mont enneigé de Californie), en jupe –oui les hommes aussi– afin de se rendre compte par eux-mêmes de l’effet produit. Ceux n’ayant pas pu se rendre sur place ont eu le droit à une piscine à balle (on est en droit de se demander laquelle des deux équipes c’est le plus amusée). Ils ont également été envoyé dans un hôtel de glace au Canada, pour voir de leur propre yeux les effets de lumières sur la glace, la manière dont les couleurs réagissent, parce qu’un paysage enneigé ce n’est pas que du blanc…

Ils se sont beaucoup inspirés de la Norvège pour les paysages, l’architecture, les tenues… C’est pourquoi dans les décors et les costumes on retrouve énormément ce qu’on appelle le Rosemaling, qui est un style de déco’ composé de couleurs telles que des bleus chauds ou des magentas, de fleurs et d’arabesques. Dans La Reine des Neiges le Rosemaling est omniprésent, ce qui, à mon sens, donne un côté plus « authentique », plus vivant aussi à ce film d’animation.

Avant le stage à Matterhorn, le software utilisé pour la réalité de la neige ne correspondait pas à l’idée que s’en faisait Peter et Jennifer, après avoir eux-mêmes testé en conditions réelles il s’est avéré parfaitement exact dans certaines conditions : une vieille neige ayant commencé à fondre. Après le stage les paramètres ont été corrigés afin que l’effet soit celui de la poudreuse toute fraîche.

Passons à présent aux personnages (je le répète : ATTENTION SPOILERS ET PAS DES PETITS INOFFENSIFS ! C’est bon ? J’suis assez claire ?).

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Encore une fois le maître mot était le réalisme. Tout a été mis en œuvre pour que les personnages prennent de la profondeur, qu’on puisse en les regardant deviner ce qu’ils pensent, ce qu’ils veulent, comme on pourrait le faire sur une vraie personne. Pour cela ils ont travaillé avec des coach acteurs afin de pouvoir trouver comment rendre les personnages plus réels.

Dans un premier temps, les dessins étaient faits à la main, pour avoir une ébauche et déterminer le caractère de chacun des protagonistes.

  • Anna qui est assez immature, impulsive, spirituelle, elle se laisse guider par ses émotions et son cœur.
  • Elsa qui est plus élégante, lyrique, elle est aussi beaucoup plus réfléchis, elle pense d’abord aux conséquences avant d’agir.
  • Hans est très… sophistiqué, manipulateur aussi, il peut à la fois être comme Anna, immature, maladroit, ou au contraire comme Elsa, calme et réfléchis. En réalité il agit comme un miroir, il copie à la perfection le comportement de la personne avec qui il interagit.
  • Kristoff est comme il est. Honnête, nature, et ne semble pas très à l’aise en présence d’autres personnes. On peut dire qu’il est un peu associal.
  • Olaf quant à lui est toujours optimiste, il représente un peu l’innocence et l’amour. Même quand il est en colère il préfèrera répondre avec compassion plutôt qu’agressivité.

Pour La Reine des Neiges, c’est un petit retour aux dessins à la main. Alors ne nous emballons pas. Oui c’est du dessin à l’ordinateur principalement. Néanmoins ils ont travaillé avec des dessinateurs ayant travaillé sur La Petite Sirène et La Belle & la Bête notamment, qui repassaient derrière l’animation via des tablettes graphiques. Et certains passages étaient exclusivement dessinés à la main, notamment les passages où la magie était en action. Et je dois dire que l’association des deux est tout simplement extraordinaire. Cela retire un peu le côté artificiel de l’animation par ordinateur. Du moins c’est mon avis.

De plus, toujours dans un souci de réalisme, certains animateurs jouaient eux-mêmes les scènes, afin de voir les mouvements, les respirations, etc. Les enregistrements des chansons ont d’ailleurs été filmé dans ce but, afin que, dans le film d’animation, les personnages réagissent à la manière des chanteurs, les pauses, les fortes inspirations, etc. et cela se voit d’ailleurs, les personnages « vivent » leur chanson.

D’autres animateurs, préféraient quant à eux, réaliser une première ébauche des mouvements grâce à des storyboard afin de se donner une base pour travailler.

Pour cette présentation, Jennifer et Peter nous ont présenté de nombreux documents, que ce soit dessins et storyboard, mais également de nombreuses vidéos. De l’équipe surtout, notamment lors de leur escapade dans la neige, mais aussi des premiers essais quant aux mouvements des personnages.

Quelques-unes de ses vidéos sont disponibles sur le YouTube de Disney Animation celle d’Olaf et de Kristoff :

Et vous trouverez bien d’autres vidéos sur cette chaine 😉

Vinrent ensuite une série de Questions / Réponses à propos de la réalisation, mais aussi de l’histoire en elle-même, je le répète donc, il y aura de nombreux spoiler au sujet de La Reine des Neiges dans ces quelques lignes !

    • L’équipe de La Reine des Neiges est sensiblement la même que pour Raiponce, on était donc en droit de se demander à quel point ce fut difficile pour eux de réaliser ce film d’animation sans en faire un nouveau Raiponce.

À cela Jennifer Lee avait la réponse parfaite. Ce fut très facile puisqu’ils ont directement travaillé à partir du conte d’Hans Christian Andersen. Ils se sont concentrés sur les nouveaux personnages, leur créant une histoire sans penser une seule seconde aux précédents Disney. De plus pour ce Disney ils étaient plus focalisés sur la relation entre sœurs que sur le fait qu’elles étaient des princesses.

    • À ce sujet on a voulu en savoir plus, pourquoi justement les sœurs et leur amour l’une pour l’autre se trouve être le point névralgique de l’histoire. Comment le personnage d’Hans, qui ressemble au premier abord au prince charmant mais ne l’est pas tant que ça, a été construit.

Encore une fois la notion de réalité vient pointer le bout de son nez dans la réponse. Ils voulaient que dans ce conte, on puisse s’identifier, se dire que oui c’est ce qui arrive dans la vie aussi. Dans ce conte il faut regarder le vrai amour d’une autre façon, que la personne avec qui on fait sa vie est la personne avec qui ont fait un bout de chemin ensemble, qu’on apprend à connaitre, dont on rencontre la famille, etc. La Reine des Neiges est une histoire qui parle des choix que l’on fait, de l’honnêteté qu’on a les uns envers les autres mais aussi envers soi-même.

    • Vint ensuite la question des chansons. Comme nombreux Disney (pour ne pas dire presque tous) La Reine des Neiges comporte des chansons. Sauf qu’ici, l’intégration des chansons est quasi parfaite, un peu comme dans une comédie musicale ou dans un spectacle de music-hall. Il a été demandé si cela avait été un choix de leur part.

Jennifer Lee nous a donc expliqué que Chris Buck voulait depuis le début que la musique fasse partie intégrante de l’histoire, car pour lui la musique touche plus vite les émotions, plus profondément. Sans compter que cela donne une dimension épique à l’histoire. C’est pour cette raison qu’ils ont travaillé dès le début en étroite collaboration avec les compositeurs, passant des heures à discuter ensemble afin que les chansons soient parfaitement intégrées pour une meilleure compréhension de l’histoire mais aussi pour l’action.

    • Aussi merveilleux puisse être La Reine des Neiges, il y a certains réfractaires à l’animation par ordinateur, qui ne se sont pas gênés pour le faire savoir en demandant à Jennifer et Peter, pourquoi après le si beau court-métrage de Paperman ils étaient revenus à l’animation par ordinateur (dans des termes bien moins neutres que ma retranscription).

Tout d’abord nous saluerons l’humour de Jennifer qui lui a répliqué « C’est quoi ces goûts ? » avant de répondre plus sérieusement qu’une fois encore c’était une histoire de choix. Sans compter que dans le cas présent l’animation par ordinateur ET les dessins à la main avaient été utilisés. Comme nous avions pu le voir sur une vidéo, certains dessinateurs retouchaient à la palette graphique l’animation par ordinateur. C’est à cette question que Jennifer nous a révélé que les passages où la magie entrait en action avaient été dessiné à la main.

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    • On a voulu savoir ensuite s’ils avaient trouvé tout de suite l’histoire de La Reine des Neiges où s’il y avait eu plusieurs versions différentes de l’histoire.

Et en effet il y a eu nombreuses versions notamment pour expliquer les pouvoirs. Par exemple une version où les trolls racontaient comment il arrivait que certains enfants puissent naître avec des pouvoirs magiques. Mais ils se sont rendus compte que plus ils essayaient d’expliquer le pourquoi du comment, plus ils se trouvaient avec des questions. Ils ont donc fini par se dire « Go for it ». C’est comme ça et pas autrement.

    • Comme nous l’ont expliqué Jennifer et Peter, il y a eu de nombreuses recherches pour le réalisme dans La Reine des Neiges, il leur a donc été demandé si ce n’était que pour ce film d’animation ou c’était une évolution voulu pour le futur dans l’animation.

Jennifer nous a donc révélé qu’il y avait des recherches pour tous les films, que ce n’était pas nouveau avec La Reine des Neiges. On ne peut pas créer un univers sans le comprendre. Elle nous a ensuite donné l’exemple du château de glace d’Elsa, ils sont allés voir un physicien qui créé des flocons de neiges, afin de voir par eux-mêmes la formation des cristaux de neiges, de leur embranchement, etc.

    • Dans ce film d’animation on a pu voir que les princesses n’avaient pas grand-chose en commun avec les « vraies » princesses Disney. Qu’elles étaient plus contemporaines, c’est donc tout naturellement que la question est apparue : pourquoi ?

À cette remarque Jennifer n’a pas pu s’empêcher de rire en nous expliquant qu’une semaine plus tôt elle avait vu un montage avec toutes les princesses Disney se réveillant et qu’elle avait hâte qu’on y ajoute Anna se réveillant les cheveux dans tous les sens avec le filet de bave collé à la joue.

Encore une fois c’était dans un souci de crédibilité. Ils ont créé des personnages que le public veut voir, dans lesquels on puisse se reconnaitre. Car il faut bien l’avouer, on est rarement glamour au réveil… C’est pourquoi ils ont tout naturellement créé une héroïne drôle, fragile et inspirante.

    • Contrairement à ce qui nous avait été annoncé nous n’avions qu’un réalisateur sur les deux. Chris Buck n’étant pas là on a demandé à Jennifer comment c’était de travailler à deux, de quelle manière se faisait le partage des tâches, etc. On lui a précisé que puisse qu’elle était toute seule il ne fallait pas qu’elle hésite à en dire du mal, cela resterait entre nous…

Encore une fois Jennifer a fait preuve d’humour disant qu’il était horrible, un vrai tyran, avant de nous répondre plus sérieusement que Chris Buck était quelqu’un de très patient et qu’ils avaient tous les deux la même vision du film. Ils se sont tout de suite parfaitement entendus, qu’ils avaient de nombreux échanges d’idées, les mêmes valeurs ce qui rendait le travail bien plus facile. C’était, pour elle, sa meilleure collaboration car Chris était quelqu’un de très instinctif et qu’il connait bien l’animation et parce qu’ils étaient tous les deux passionnés et étaient toujours d’accord sur la direction à prendre pour La Reine des Neiges.

Et comme toutes bonnes choses ont une fin, c’est après cette dernière question que la Masterclass a pris fin. Ce fut un plaisir et un honneur pour moi que d’en faire partie, et je suis ravie d’avoir pu vous faire partager ce moment à travers mes mots, en espérant vous en avoir appris un peu plus sur La Reine des Neiges.

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Critique du film : La Reine des Neiges

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